Bilan de la saison: trop de jeu tue le jeu?

Les coachs l’avaient annoncé avant le début de la saison dernière: le Racing va se mettre à jouer!
Finis les matchs austères passés le plus clair du temps derrière des ballons portés jusqu’à la ligne d’en-but. Finies les frappes chirurgicales en sortie de mêlée avec des essais en première main sur de trop rares ballons envoyés à l’aile avec des finisseurs hors pairs comme « San Juan » Imhoff ou Teddy Thomas.
Avec un recrutement encore ambitieux et une volonté assumée d’accrocher – enfin – une étoile au maillot Ciel et Blanc, la saison promettait d’être dans la lignée de la précédente qui s’était achevée sur une défaite amère en demi-finale de Top 14 à Lyon contre Castres.
Bienvenue les fantasques Zebo, Russell et Volavola accompagnés des puissants Bird et Joseph, l’année 2018/2019 sera l’année du Racing ou ne sera pas!

Premiers faux pas

Dès la deuxième journée, Clermont vient semer le trouble en dominant largement la bande aux deux Laurent avec une victoire nette 40 à 17 sur la « pelouse » de l’Arena.
A la 7ème journée c’est le LOU qui vient s’imposer à Nanterre avec une victoire serrée (13-19) mais totalement mérité tant les lyonnais ont dominé les secteurs de la touche et les zones de ruck avec un Liam Gill au sommet de son art.
Si des résultats probants suivront – 9 victoires consécutives toutes compétitions confondues – le doute commence à s’installer.
Porté par un duo Russell-Zebo, l’attaque Ciel et Blanche fait des étincelles mais le Racing encaisse trop de points et cette statistique ne va pas s’arranger.

Des cadres en question

A la mi-saison, et après avoir passé une demi-année sans Dulin, Machenaud, Le Roux, Lambie, Thomas et Szarzewski, on se prend à croire que ces derniers vont resserrer la vis, permettre à certains de souffler (on pense encore à Russell et Zebo) et amener la discipline et l’impact qui manquent à une équipe à la force offensive impressionnante mais aux lacunes défensives criantes.
Malheureusement, Pat Lambie, excellent lors de sa première année en Ciel-Et-Blanc est contraint – à 28 ans, après de multiples commotions – de prendre sa retraite, Le Roux alterne entre blessures anodines et suspensions tandis que Thomas et le capitaine Szarzewski rechutent. Ce dernier sera même contraint lui aussi d’annoncer sa fin de carrière avant même le dernier match de la saison perdu contre La Rochelle.

Côté terrain, la deuxième moitié de saison est un copié-collé de la première: les cartons pleins (La Rochelle, UBB, Agen, Perpignan,) alternent avec les défaites dont 2 à domicile contre Toulouse et lors du derby. 3 si l’on compte l’élimination prématurée en quart de finale de coupe d’Europe encore contre Toulouse.
Le barrage à domicile contre La Rochelle ne sera malheureusement que la conséquence logique d’une saison en demi-teinte minée par des problèmes de discipline récurrents.
Et les joueurs? Machenaud et Dulin ne retrouvent pas leur niveau, Iribaren prend un carton rouge idiot juste avant le quart de finale de coupe d’Europe, Le Roux est suspendu toute la fin de saison après son plaquage cathédral lors du derby et Russell, Zebo et Chavancy fatiguent.

Au classement général, le Racing fini 4ème. Le club est également la 3ème meilleure attaque du championnat derrière Clermont et le Stade Toulousain, mais seulement 7ème défense, bien loin de sa première place en 2017-2018 (21 points encaissés en moyenne/match contre 18 auparavant).

La tête ailleurs ?

Si les joueurs n’ont pas été à la fête, l’extra-sportif n’a rien fait pour les aider: les départs de soldats comme Yannick Nyanga, Manuel Carriza, ou Marc Andreu ont sûrement pesé, mais c’est plus probablement celui de Ronan O’Gara, loué pour son travail sur le jeu au pied et la défense qui s’est le plus fait sentir. Car c’est dans ce secteur de jeu que toutes les certitudes ont volé en éclats : on s’était habitué à voir une défense de fer, se battant sur chaque balle proche de sa ligne quitte à flirter avec les limites dans les zones de rucks ou jouant l’interception lorsque le jeu partait au large, au lieu de ça on a mangé notre pain noir avec des essais sur des balles anodines, notamment sur des ballons rendus au pied ou en sortie de touche.

Les spéculations autour du départ de Laurent Labit pour le XV de France ont sans doute également pesées dans les têtes de joueurs attachés à leur entraîneur depuis 6 ans et qui ont passé plusieurs semaines dans l’incertitude avant l’officialisation de la FFR.
A la vue des déclarations un brin amères de Laurent Travers qui n’a « pas compris » le choix de son binôme de toujours, il semble que la situation n’ait pas aidée à trouver la clé pour relancer l’équipe qui a frôlé la correctionnelle lors du sprint final. De quoi justifier une fin de saison en roue libre ? Peut-être si l’on se fie à l’interview accordée au Midi Olympique par le président Lorenzetti qui parle de choix « peut être inappropriés » durant cette période.

« Il vaut mieux 23 joueurs qui jouent ensemble que 23 stars »

Dans cette même interview pas avare en punchlines, le président n’a fait que dire tout haut ce que beaucoup ont pensé au moment de faire le bilan de la saison : une équipe capable du meilleur comme du pire, des choix moins inspirés que ceux de l’an dernier avec peut-être une solidarité émaillée par une saison longue et pénible, sans oublier la coupe du monde en ligne de mire pour beaucoup et en point d’orgue un barrage à domicile fini avec 18 en-avants pour 14 pénalités concédées

Et si la saison de transition imaginée par certains observateurs pour 2019-2020 avait déjà eu lieu l’an dernier? Car au-delà du pari du jeu qui demande un rééquilibrage mais qui a satisfait offensivement parlant, tout n’est pas à jeter: le retour en forme de « Big Ben » Tameifuna et Antonie Claassen, les bonnes surprises Gogichashvili, Klemenczak ou Chouzenoux, sans oublier les 6 victoires à l’extérieur et les promesses du début de saison avec Zebo, Russell ou Nakarawa en facteurs X.
Difficile de croire enfin qu’autant de joueurs majeurs restent sur le carreau l’année prochaine, en espérant que la coupe du monde permettent à certains de se relancer et à d’autres de pouvoir éclore.

En ce sens, le recrutement de jeunes joueurs prometteurs pour remplacer les dinosaures Rokocoko, Johnston, ou Szarzewski est un pari calculé puisqu’ils vont se coupler à l’arrivée de joueurs confirmés (Hidalgo-Clyne, Trinh-Duc, Kevin Le Guen) et donner un coup de frais à un effectif qui va compter sur les pousses déjà au club comme Paris, Diallo, Palu, Klemenczak ou Gibert l’an prochain. De quoi nous offrir une nouvelle saison riche en enseignements… et en trophée(s)?

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